Consommation d'électricité des industriels en France : découvrez l'interview

L’industrie représente une consommation de 100 TWh
d’électricité, soit 24% de la consommation totale d’électricité en France. 

Découvrez l’interview de David Lolo, économiste et chef de projets, La Fabrique de l’Industrie et de Gaël Joly, Directeur Général Mint Énergie.

Quels sont les constats actuels sur le marché de la fourniture d’électricité aux industriels ?

Gaël Joly
Directeur Général Mint Énergie

Gaël Joly : On observe notamment une tendance aux contrats longue durée, qui s’explique assez facilement. Le souvenir de la crise de 2022-2023 et de l’explosion des prix est encore prégnant et douloureux.

Les incertitudes géopolitiques demeurent et poussent les industriels à la prudence. Beaucoup cherchent avant tout de la visibilité. Certains se disent qu’un contrat long leur évitera de potentielles déconvenues, quitte à s’acquitter de frais supplémentaires pour assurer cette sécurité.

Et puis, tout simplement, beaucoup d’industriels de taille moyenne n’ont pas en interne de spécialiste dans l’achat d’énergie. Faute de temps ou d’expertise, ils choisissent donc encore majoritairement des contrats à prix fixe, par souci de simplicité.

Est-ce une tendance que vous suivez chez Mint Énergie ?

Pas systématiquement ! Car ce n’est pas automatiquement la réponse la plus avantageuse pour le client. Une offre à prix fixe inclut une ‘‘assurance’’ pour couvrir les fluctuations futures du marché sur le long terme, qui engendre un surcoût. La tendance actuelle est baissière, notamment en raison des perspectives de production nucléaire et solaire. Il peut être plus intéressant de saisir les opportunités de marché.

Notre approche repose sur l’accompagnement, du moment de la signature du contrat jusque dans sa durée. Donc plutôt que de pousser un contrat fixe, on va analyser l’historique de consommation du site. Un contrat flexible est peut-être plus intéressant selon le cas. Nous allons même plus loin avec l’étude des adaptations dans le process de production, par exemple en reportant la production à des heures où la consommation est moins chère.

L’objectif n’est pas de vendre un type de contrat, mais de construire la stratégie la plus adaptée.

Pourquoi cet accompagnement est-il clé pour les industriels ?

D’abord, il faut bien avoir en tête que les industriels ont des process extrêmement variables, qui demandent des réponses énergétiques personnalisées. C’est assez différent du secteur tertiaire, où l’on retrouve souvent les mêmes problématiques, de chauffage par exemple.

Ensuite, l’activité peut varier, ce qui demande d’adapter avec réactivité son offre d’électricité. Or pour un petit industriel, passée la signature du contrat, il est parfois difficile d’avoir son commercial ou un suivi client. Chez Mint Énergie, on ne fait pas de différence : tous nos clients sont importants, et nous les accompagnons tout au long de leur contrat. C’est notre point fort.

Enfin, ces industriels sont confrontés à une vraie complexité réglementaire. Ils ont besoin de l’éclairage de leur fournisseur d’électricité pour se conformer aux obligations actuelles et anticiper celles qui arrivent… dont ils ne sont pas tous conscients.

Prenons l’exemple des CEE : depuis 2 ans, les contributions des obligés ont augmenté beaucoup plus vite que la production de travaux d’économie d’énergie. Il y a donc un véritable gisement de financements à exploiter. Mais chez un industriel qui n’a pas d’Energy Manager,  qui va penser à saisir ces opportunités, à identifier les travaux éligibles qui va recommander cet acteur plutôt qu’un autre pour les réaliser ?

Chez Mint Énergie, on va donc au-delà d’un simple approvisionnement ?

Oui et heureusement, compte-tenu des nombreux sujets pour les industriels. Un client nous a par exemple récemment confié que nous étions les premiers à lui donner une image globale de ses problématiques énergétiques : se demander s’il fallait faire un audit, verdir sa flotte de véhicules, installer des bornes de recharge pour limiter l’impact carbone lié aux déplacements des collaborateurs, mettre des panneaux solaires sur ses parkings, en profiter pour installer des batteries, financer ses travaux par des CEE… la liste est longue ! C’est pourquoi nous devons être des fournisseurs d’électrons mais aussi de solutions. 

Quels sont les grands ordres de grandeurs en matière de consommation d’électricité des industriels en France ?

David Lolo
économiste et chef de projets,
La Fabrique de l’Industrie*

David Lolo : La première question est : qui consomme ? En matière d’électricité, l’industrie représente une consommation de 100 TWh, soit 24% de la consommation totale d’électricité en France. Parmi les industriels, cette consommation est très variable, et l’on a l’habitude de distinguer les acteurs électro-intensifs (gros complexes industriels dans la métallurgie, l’aluminium, la chimie-pétrochimie, etc.) qui en consomment le tiers, des deux tiers restants utilisés par les TPE-PME-ETI.

La seconde question est : pour quels usages ? L’INSEE en distingue trois : générer des mouvements mécaniques (60% de la consommation), les usages thermiques et thermodynamiques comme produire du froid ou du chaud, les pompes à chaleur  (30%) et enfin les usages internes au site comme le chauffage, l’éclairage, la mobilité sur site (10%).

Le premier usage est déjà largement électrifié. C’est sur les 2e et 3e que la marge de progrès reste importante en matière de sortie des énergies fossiles.

Et en matière de prix ?

Les prix de gros ont tendance à baisser ces derniers mois, et on est clairement sorti de l’augmentation brutale de 2022. Cette dynamique invite d’ailleurs les acteurs à renégocier leur contrat, avec un nouveau prix fixe ou avec une meilleure prise de risque. Cette baisse a plusieurs explications : la disponibilité retrouvée du parc nucléaire, la performance des ENR et la croissance continue des capacités installées, ainsi que la détente sur les prix du gaz. Mais cela traduit aussi un niveau de consommation électrique “flat”, imputable dans l’industrie à des baisses d’activité chez certains électro-intensifs mais aussi à une dynamique d’électrification des usages industriels réelle mais pas très soutenue…

Qu’en est-il alors de la décarbonation de l’industrie en France ? Notamment pour les petites et moyennes entreprises industrielles ?

Chez les non électro-intensifs, 50% de la consommation énergétique est encore adossée à des énergies fossiles (gaz, produits pétroliers, et dans une moindre mesure charbon).

Mais une dynamique peut se mettre en place. Même si ces industries de taille moyenne sont moins concernées par la réglementation aujourd’hui, elles représentent une part non négligeable des émissions de GES et elles vont à ce titre être de plus en plus concernées par la pression réglementaire  (nouveau marché ETS dès 2028, et directive CSRD pour les PME cotées à partir de 2028). En outre, il faut remarquer que contrairement aux  grands sites industriels où la décarbonation est d’une grande complexité technique, ses leviers sont beaucoup plus matures et maîtrisés pour les industries de taille moyenne, comme par exemple remplacer les chaudières à gaz par des chaudières électriques.

Mais des obstacles demeurent.

Le raccordement des sites au réseau est un paramètre clé. A ce titre, les PME localisées en zones d’activité, densément peuplées en entreprises, ont moins de difficultés que celles situées en territoire diffus.

Par ailleurs, l’accès aux subventions reste un problème spécifique pour ces petites et moyennes industries. Il est plus difficile pour ces petites structures, dénuées d’équipes RSE, d’avoir les bonnes infos, de savoir que l’Ademe propose des appels à projets, puis de réaliser les dossiers de candidature. L’accès à ces fonds reste complexe.

*La Fabrique de l’industrie est une plateforme de réflexion consacrée aux perspectives de l’industrie en France et à l’international

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